Un remède à cette bouze qu’est Gotham : Gotham Central

Si le titre de cet article est digne d’une tactique « Buzzfeed » pour vous attirer sur cette page, il n’en demeure pas moins que ce titre représente à merveille ce que je pense de la série télévisée Gotham. Comment une telle émission aussi fromagée et dont la structure narrative semble être photocopiée des téléséries des années 1990 peut avoir été reconduite pour une troisième saison?Bon, je sais que plusieurs d’entre vous appréciez cette série (d’ailleurs, Caroline a partagé son appréciation de Gotham sur le podcast de Robot Sucré), toutefois je suis conscient que je suis loin d’être seul à avoir un tel avis sur Gotham. Pour tous ceux qui ont été intéressés par le synopsis de la série, puis déçus suite à l’écoute de quelques épisodes, il existe un remède à votre déception, et ce remède, c’est Gotham Central.

Courte série de 40 numéros publiés chez DC Comics entre 2002 et 2006, Gotham Central dévoile ce qu’est la vie d’enquêteur pour le GCPD (Gotham Central Police Department). On suit les divers dossiers d’une quinzaine d’enquêteurs travaillant sur les deux quarts de travail (de jour et de nuit) du département des crimes majeurs. Ainsi, il n’y a pas un unique héros, mais plusieurs protagonistes ayant tous des personnalités complexes et des passés bien riches (ce qui manque grandement aux personnages unidimensionnels présentés dans Gotham). Les arcs narratifs (c’est-à-dire une histoire qui se déroule sur plusieurs numéros) suivent quelques inspecteurs au cours d’une enquête. Le ton utilisé dans ses histoires s’inscrit dans la longue lignée des films et romans « noirs ».

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Rarement la frustration, voire la haine des policiers de Gotham envers Batman a été aussi bien expliquée.

La grande force de cette série est le travail de réflexion mis de l’avant par les deux auteurs, Greg Rucka et Ed Brubacker. Ils se sont penchés sur ce que serait la psyché d’un enquêteur dans un endroit aussi particulier qu’est Gotham City, endroit où se côtoie corruption, crime organisé, super héros et super vilains. La première histoire racontée par Rucka et Brubacker témoigne à merveille d’une telle réflexion : un enquêteur se fait tuer aux petites heures du matin et ses collègues s’empressent à essayer de cerner le meurtrier le plus rapidement possible puisqu’une fois la nuit tombée, ils savent que Batman trouvera le suspect avant eux. On y sent tout au long de l’enquête la grande énergie que déploie les enquêteurs. Cette énergie est alimentée par une accumulation de frustration que vivent les enquêteurs de Gotham qui se font constamment damer le pion par Batman et qui en résulte en une perte de leur crédibilité aux yeux des Gothamites. Rarement la frustration, voire la haine des policiers de Gotham envers Batman a été aussi bien expliquée. D’ailleurs, soulignons que Batman n’apparaît que très rarement au fil de la série, ce qui rend le tout plus intéressant puisque l’on se retrouve devant une série qui entre dans la mythologie de Batman sans en reprendre les codes.

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Côté dessin, Michael Lark propose un style assez « photo-réaliste » : on sent qu’il s’inspire de photographies lorsqu’il représente divers faciès de personnages. Ce style ne plaît pas à tous, mais je dois dire que dans ce cas-ci, j’ai beaucoup aimé, surtout que les dessins se marient bien à la coloration mate, foncée et souvent basée sur deux chromes. On se sent définitivement dans un récit « noir » sans tomber dans la caricature.

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La série n’est certainement pas parfaite et s’étouffe à la longue. Toutefois, elle brille lors ses premières histoires, notamment lors du troisième arc qui raconte les déboires de la célèbre enquêteuse Renee Montoya qui doit faire face à un criminel qui s’en prend à sa vie personnelle. Cette histoire a d’ailleurs remporté deux des plus grands prix de l’industrie du comic book américain, soit un Eisner et un Harvey.

Bref, une série qui mérite le détour si vous voulez enlever cet arrière-goût de merde de Gotham

Qu’en penses-tu, Commissaire Gordon?

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Jé-Mitch
Un jour, Jé-Mitch découvrit Alan Moore et sa vie changea à jamais. Depuis, il scrute les rayons des bibliothèques à la recherche de la prochaine perle rare de la bande-dessinée, celle qui lui rappellera son premier « fix ». Se retrouvant toujours à la bibliothèque, il décida de devenir bibliothécaire. Après son bac en histoire, il se lança donc à la conquête d’une maîtrise en sciences de l’information.